Le 30 mars 1950 une petite fille est née.
Elle grandit dans un petit village de campagne, entourée de ses six frères et soeurs. Il y en a de l'animation dans la grande maison familiale: des joies, des peines, des cris, des larmes, des secrets, et surtout, de l'amour.
Six filles, trois par chambre, toujours habillées avec goût, ce même goût qui lui est resté, bien des années plus tard.
Elle va à l'école, elle étudie. Elle deteste ses années de pension et les blouses que les filles sont obligées de porter.
Et puis elle trouve du travail dans son petit village de campagne. Elle est secrétaire.
Elle vit sa vie de petite fille, d'adolescente, son papa l'appelle "Nane", elle a des amoureux.
Elle est belle et elle rencontre son Prince Charmant, celui qui l'accompagnera tout au long de sa vie. Il sent bon le cannelé et à l'accent chantant: c'est un bordelais. Elle confie à sa maman: "il n'est pas vraiment beau, mais il a du charme".
1972. Deux grands bonheurs: celui d'épouser son amoureux d' abord puis de devenir maman.
1978. Elle donne naissance à une petite fille. Elle voulait une petite fille.
Elle aime faire les boutiques, adore les sacs, collectionne les foulards.
Mais lorsqu'elle devient maman, ce sont ses enfants qu'elle préfère gâter.
La vie suit son cours. Elle est belle cette vie à quatre.
Des tas de souvenirs se gravent dans les têtes. Il y en a tellement de beaux moments: des voyages, des vacances à la mer avec les enfants, des dimanches à ramasser des châtaignes dans les bois, des balades en raquettes, des sorties en bâteau, des Noëls, des fêtes, des anniversaires, une maison qui se construit pour abriter tout ce bonheur.
Elle aime le fushia, le mimosa, les tartes au citron, elle collectionne les théières et les moutons, elle apprécie ses plantes vertes qu'elle a mis devant la grande baie vitrée, sa vue sur le lac.
Plus tard, elle quitte sa maison pour un appartement en ville avec son mari. Elle met des tournesols dans le couloir. Elle aime bien les tournesols. Quelle coincidence que Van Gogh soit lui aussi né un 30 mars...
Plus tard, elle passe des week-ends chez sa fille devenue étudiante. Elles vont faire les boutiques, manger des tagines et des churros Place Victor Hugo. Elle adore les churros.
Et puis elle aime aller à la mer voir son fils et visiter les petits villages du Lubéron.
Elle est tellement fière de ses enfants qu'elle aime tant et qui grandissent si vite.
Et puis un jour, la petite fille, devenue femme puis maman, tombe malade.
Une maladie qui ne se soigne pas.
Pendant deux ans, son mari s'occupe d'elle avec un amour infini. Il lui avait promis un beau jour d'avril 1972: pour le meilleur comme pour le pire.
Elle ne se plaint jamais devant ses enfants qui se sentent si démunis, elle affronte la douleur avec force et courage, espère une guerison qui ne viendra finalement jamais.
Et puis elle ferme les yeux pour toujours, dans les bras de sa maman qu'elle a attendue pour partir, celle qui lui a donné la vie.
C'était le 22 novembre 2003.
Cette histoire, c'est celle de ma maman chérie, la mamie que Colombe ne connaîtra qu'à travers mes souvenirs.
Et ils sont précieux ces souvenirs...
"Ma mère vit dans toutes les choses que j'entreprends. Sa présence a influé la fille que j'étais, son absence influe sur la femme que je suis. Notre existance est marquée par les êtres qui nous entourent, mais aussi par les êtres qui nous ont quittés. La perte est notre héritage, la lucidité notre don, le souvenir notre guide." Hope Edelman.






























